|
Le 18 janvier 2010
J'ai le plaisir de vous offrir le numéro 3 de la «LETTRE AUX ELUS» qui, je le rappelle, n’émane d’aucun parti politique et a pour objectif de donner un éclairage catholique sur les événements qui affectent la société française. Il va dès lors de soi que ce regard porté sur ces événements ne saurait être influencé par des considérations partisanes ou sectaires entravant le respect de la vérité. Comme pour les deux numéros qui précédaient, qui portaient sur le repos dominical, lequel vient de faire l’objet d’une loi qui menace sérieusement sa pérennité, c’est de nouveau l’actualité qui a dicté le choix du thème de cette nouvelle Lettre. En effet, signée par 120 députés du groupe socialiste, dont un ancien premier ministre, une proposition de loi portant sur le «droit de finir sa vie dans la dignité» (c.-à-d. visant à «ouvrir un droit à la mort» a, après examen par la Commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale, été débattue en séance publique de cette Assemblée les 19 et 24 novembre dernier ; au terme de cette première lecture, elle a été rejetée. Soyons sûrs cependant que les promoteurs de l’euthanasie ne désarmeront pas. Comme son fondateur, l’Eglise n’est jamais restée indifférente devant la souffrance d’autrui ; c’est d’ailleurs elle qui a créé le premier système d’assistance médicale publique au monde : songeons notamment aux dispensaires des monastères, puis au réseau d’hôtels-Dieu, c.-à-d. d’hôpitaux, émaillant toute l’Europe où riches et pauvres recevaient les mêmes soins, dans des lits identiques. On peut le constater par exemple en visitant l’hospice de Beaune ou bien l’hôtel-Dieu de Tournus (aujourd’hui musée Greuze) dans lequel officiaient des religieuses jusque dans les années 60 et où les salles communes ne furent fermées qu’en 1978. La personne en grande souffrance, qu’elle soit physique ou psychique, a besoin et a droit à toute la sollicitude possible du corps social ; celle-ci passe non seulement par les actes médicaux de toutes natures qui s’avèrent nécessaires pour amener à la guérison ou, selon le cas, pour atténuer cette souffrance, mais également par le réconfort moral, c’est à dire la manifestation concrète de la compassion. Cependant, quand bien même cela procéderait - s’agissant d’une partie des partisans de l’euthanasie - d’une authentique sollicitude pour les personnes en situation de grande souffrance, est-il pour autant concevable de légaliser une nouvelle transgression de l’interdit de tuer, en votant, au nom du peuple français, une loi octroyant au corps médical le pouvoir de provoquer la mort d’individus, éventuellement de certaines catégories d’individus ? Au-delà du subjectif, de l’émotionnel, ressorts sur lesquels jouent les promoteurs de cette «culture mortifère», on se souvient des cas exceptionnels de très grande détresse invoqués pour justifier la dépénalisation de l’avortement, lequel est de facto devenu, de l’aveu même de nombreux médecins, un «moyen de contraception comme un autre». C’est ainsi que depuis d’adoption dans notre pays de la loi VEIL en 1974, c’est en moyenne, selon les chiffres du ministère de la Santé, environ 220.000 enfants à naître qui sont, dans des conditions abominables, déchiquetés pour la plupart, chaque année. Cela porte, en se limitant à la France, à près de 8.000.000, depuis 1974, le nombre de ces êtres vivants parfaitement sensibles à la douleur «éliminés». Et cela, alors que tant de couples cherchent en vain à adopter des enfants et que les médias ressortent régulièrement le thème du vieillissement de la population sans chercher à analyser toutes ses causes.) Derrière les motifs officiellement mis en avant par les promoteurs de l’euthanasie et de la «culture de mort», en général, apparaissent également en filigrane différentes considérations infiniment moins avouables car elles sont terrifiantes. Elles sont sous-tendues - comme le prouvent certains manifestes sans ambiguïté mais aussi sans tapage médiatique, évoqués au point IV de la Lettre qui suit - par une conception de l’être humain diamétralement opposée à celle dont procède le serment d’Hippocrate du IV siècle avant J.C., dans lequel le recours à l’euthanasie et à l’avortement est très explicitement proscrit. Au nom de l’équipe rédactionnelle[1], je vous souhaite, en dépit de la gravité du thème traité, une bonne et heureuse année et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Maire, chers élus de France, chers lecteurs, l’expression de ma haute considération. François BURLE
|